jannick_deslauriers_           sculpture   installation   dessin


Nous vivons par la mort des âmes, et nous mourons par leur vie.
- Empédocle

Notre époque a ceci de singulier qu’elle veut littéralement toucher le fond des choses. En saisissant de nos mains les racines génétiques de la nature, nous opérons une inquiétante rencontre entre les œuvres de la nature et celles de l’art. Désormais, la main humaine intervient dans la genèse des formes vivantes, jusque dans les particules les plus intimes de la vie. Elle est même capable, par une perversion inédite, d’imprimer une scandaleuse beauté et un insupportable raffinement à ses créations de destruction et de mort. Voilà que l’homme vient d’opérer un périlleux mariage entre la nature et la technique, entre ce que les Grecs nommaient physis et technè. Nos mains supplient maintenant vers l’envers du ciel. Ce qu’elles montraient là-haut, elles le veulent maintenant toucher dans la racine des choses, y saisir les vestiges de ce qui reste encore à espérer.

L’œuvre de Jannick Deslauriers témoigne de la poétique de notre temps. Elle exprime le vertige que l’on peut ressentir devant la grâce et la beauté vénéneuse des formes fabriquées, tantôt inquiétantes, tantôt merveilleuses. Ces mêmes mains humaines qui cousent et qui tissent l’histoire, qui défont et qui torturent la vie. Les éléments de l’œuvre de Jannick Deslauriers composent une dialectique de l’angoisse et du rêve, de la délicatesse et de la mort, du ciel et de la guerre, du fabuleux et de la terreur. C’est un rêve qui, en nous donnant à voir cette étrangeté que nous sommes, nous éveille peut-être à nous-mêmes.

Christiane Gauthier

_ haut de page

 

site web © Les éditions MA ART ACTUEL _ 2009-2010